45 rue Poliveau, où es-tu?

photo d'une grille de jardin dans la rue poliveau à paris

Dans le film de 1956 La traversée de Paris, dont l’action se passe durant l’Occupation au début des années 1940, une scène est restée fameuse, impliquant trois monstres sacrés du cinéma français des Trente Glorieuses. À cette époque, Louis de Funès n’est pas encore très connu, mais on dit souvent que cette scène l’a propulsé parmi les grands. Il joue l’épicier Jambier, dont la spécialité est le marché noir, en cette époque de rationnement tous azimuts.

Bourvil joue le rôle de celui qui doit convoyer quatre valises pleines de viande de porc de la rue Poliveau, dans le 5ème Arrondissement, à une boucherie de la rue Lepic à Montmartre. Il s’est associé pour l’occasion à Jean Gabin, qui joue le peintre Grandgil, en mal de sensations fortes dans Paris occupé et qui cherche une occasion de s’amuser. Il va le faire aux dépens de Bourvil, et va mettre une pression intolérable à de Funès/Jambier au moment de se faire payer pour effectuer cette livraison à haut-risque : c’est qu’on ne badinait pas avec le marché noir !

Comme Jambier refuse de payer le prix que Grandgil réclame en faisant monter les enchères, Gabin/Grandgil se met à vociférer le nom et l’adresse de l’épicier afin que Paris tout entier puisse l’entendre dans la nuit, par le soupirail de la cave où se passe la scène, y compris bien sûr par les policiers qui, à l’époque, faisaient leurs rondes à vélo.

La suite, le film la raconte. Mais il est rare dans une histoire qu’une adresse précise soit citée, hurlée, répétée. Il était donc trop tentant de s’y rendre.

Une autre adresse

Le film a largement été tourné en studio, mais certaines scènes ont été faites en extérieur. La porte du logis de Jambier qu’ouvre Bourvil, celle par laquelle lui et Gabin entrent, se trouve au 13 rue Poliveau : c’est avéré. Le magasin de Jambier aussi. Ce qui n’est pas évident dans les photos en ligne montrant les lieux de tournage, c’est que les deux endroits sont voisins.

En remontant la rue, la porte vient d’abord, le magasin ensuite, encastrés dans un immeuble qui n’a guère changé.

La rue Poliveau, en revanche, ne ressemble en rien au Paris de l’Occupation. Côté pair surtout, elle est bordée d’ensembles aux façades rectilignes entourés de jardins privés, avec de loin en loin quelques traces du “Paris d’autrefois.” Alors que le film montre une rue horizontale, à hauteur d’homme depuis le trottoir, la rue actuelle est verticale, avec ses grands arbres et ses immeubles modernes, quand on arrive depuis le métro Saint Marcel.

Un peu plus loin, la rue rétrécit et les arbres disparaissent. Au bout, on arrive enfin au 45 rue Poliveau, un petit resto de quartier qui s’appelle évidemment La Traversée de Paris, avec affiche du film en façade, et une grosse renommée. C’est un aimant pour les touristes et les curieux qui connaissent le film.

Pourquoi ici ?

Pourquoi Marcel Aymé, l’auteur de la nouvelle qui a inspiré le film, a-t-il choisi cette adresse pour son épicier pourvoyeur de denrées au marché noir ? Mystère. Qui habitait là quand il a écrit la nouvelle, et comment les habitants du lieu ont-ils réagi, surtout au moment du film qui a rendu l’adresse célèbre ? On ne le saura pas. Une photo du bout de la rue datée vers 1865 montre ce qui semble être un café à l’angle, entre une maison marquée ‘Tabac’ et une boulangerie, derrière la fontaine aujourd’hui démolie. Ce café doit être situé au numéro 46 d’aujourd’hui, où se trouve la brasserie Le Poliveau. Mais sur la droite de la photo, on voit nettement un commerce qui fait l’angle avec la rue des Fossés Saint-Marcel, au 47. Le bâtiment qu’on aperçoit derrière, marqué d’une enseigne commençant par ‘C’ est l’actuel 45 rue Poliveau.

Impossible de savoir s’il s’agissait déjà d’une épicerie, si elle a été ouverte plus tard, si elle est née dans l’imagination de Marcel Aymé, ou s’il a voulu régler ses comptes avec quelqu’un qui résidait à cette adresse.

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