Officiellement et d’après les sites qui aiment ces records insolites, la plus petite place de Paris est la Place du Calvaire, 36 mètres de long sur 10 mètres de large. Elle a tout pour plaire : pittoresque, située sur la Butte Montmartre et surplombant la ville, fleurie par une glycine, agrémentée de terrasses, lieu de fêtes autrefois, etc. etc.
Il y en d’autres pourtant, plus petites. Et la plus petite de toutes se trouve dans le 5ème Arrondissement.
9 x 12
Au lieu d’être tout en longueur, elle est presque carrée, mesure 9 mètres de profondeur sur 12 mètres de large, et figure officiellement dans la nomenclature des voies de Paris. Elle est exigüe mais affiche pas moins de quatre plaques à son nom, comme une forme de revendication.
Inscrite dans ce presque carré, se trouve une bordure de trottoir parfaitement circulaire délimitant une chaussée pavée. Un véhicule garé là serait condamné à tourner en rond pour l’éternité, puisqu’il est interdit de monter sur le trottoir. Mais aucun véhicule ne peut venir s’y garer, étant donné qu’on ne peut rouler sur un trottoir.
Ces paradoxes auraient certainement plu au philosophe poète et dramaturge Benjamin Fondane, également essayiste, critique littéraire, traducteur et réalisateur de cinéma, dont cette place porte le nom.
Singularités
On ne soupçonne pas les singularités qui coexistent dans ce petit endroit. Benjamin Fondane est né Roumain, naturalisé Français en 1938. De son vrai nom Benjamin Wechsler à la consonnance germanique, c’est son nom de plume roumain, B. Fundoianu qu’il francise lorsqu’il arrive à Paris en 1923. Engagé dans l’armée française quand la guerre éclate, il est fait prisonnier, s’évade, est repris puis hospitalisé avant d’être renvoyé chez lui. Athée mais d’origine juive, la police du gouvernement de Vichy vient l’arrêter. Sa femme réussit à le faire libérer, mais il décide d’accompagner sa sœur, arrêtée elle-aussi. Déporté, il mourra à 45 ans, gazé dans une des chambres d’extermination du camp d’Auschwitz en 1944, juste huit mois avant la fin de la guerre.
Le temps d’un instant pour se souvenir, et réaliser que le cercle symbolise aussi ce dont on ne sort jamais, dont on ne s’échappe pas.
Pots de fleurs
La Place Benjamin Fondane est un point agrandi, orné de deux pots de fleurs géants. Mais c’est une vraie place, charmante et discrète, qui déploie son univers presqu’au bout de la Rue Rollin, en haut d’un escalier végétalisé qui domine la Rue Monge.
Elle est en effet située non à un croisement mais à un moment de la rue : entre la partie piétonne de la Rue Rollin et les escaliers qui la prolongent en finissant par une sorte d’esplanade, plus grande que la place.
Amis touristes, si vous devez aller y faire un tour, soyez rassurés, vous ne gaspillerez pas votre temps. Vous serez proches d’un certain nombre d’endroits “à faire”. En sortant de la station de métro Place Monge (sortie Arènes de Lutèce), les arènes sont à votre gauche, les escaliers de la Rue Rollin à votre droite après avoir traversé la Rue Monge devant la mercerie. La Place de la Contrescarpe et la Rue Mouffetard sont à côté. En marchant encore un peu, vous atteindrez la Place de l’Estrapade où se trouve l’appartement d’Emily in Paris.
Mais la Place Benjamin Fondane se mérite. Il y a de nombreuses marches pour sortir du métro avant de monter celles de la Rue Rollin. Comme à Montmartre, il faut grimper.



