2 000 briques au loto

devanture du café tabac le sebasto à paris

C’est marrant. On évoquait dans le préambule de cette rubrique la propension du paternel à siroter des bières. Eh ! bien, voilà un rade comme je les aime, qui sert justement la marque qu’il affectionnait. De mémoire, pas évidente à trouver. Mais tout va bien : nous sommes à Lille.

En ce début d’aprèm d’été ensoleillé, naturellement, je suis entré. Ambiance PMU et discussion de comptoir entre trois messieurs. Le plus âgé, un peu voûté, nez aquilin, regard perçant, plutôt élégant avec ses cheveux blancs longs sur la nuque, veste bleu pétrole, pantalon noir et mocassins plus trop cirés, écoutait debout les deux autres assis sur leurs tabourets, lancés dans une évocation de bars qu’ils avaient connus sur Lille : Chez Max, et cet autre, qui a fermé, devenu restaurant d’une chaîne de sushis. Puis la conversation a dévié vers la qualité des expressos dans les stations d’autoroute. Décidément, ces messieurs ont les mêmes centres d’intérêt que ce blog.

Inkerman

Le Sébasto, le bar où j’étais, est sans doute un des plus anciens de la rue d’Inkerman avec ses trottoirs inégaux, si triste en hiver quand il faut slalomer entre les flaques sous les grands noisetiers nus luisants de pluie. Aujourd’hui, ces mêmes arbres étaient tout de vert parés ; le soleil perçait jusqu’à l’extrémité nord de la rue, côté République. Presque coquette qu’elle était, la rue d’Inkerman !

Le quartier du Théâtre Sébastopol et de la place du même nom est riche en restaurants de tout ordre, en bars de jour, d’ambiance et de nuit, pubs anglais, irlandais, écossais… Le Sébasto, avec ses atours et son style à part, paraît du coup aussi exotique que ses voisins. Pour être plus à mon aise et prendre quelques photos, je me suis installé dans la salle étroite, qui court le long du comptoir. Des ardoises indiquent que le jambon-fromage est à 4 euros. Hélas, la cuisine était en pause, le bar fermait le lendemain pour les congés d’été.

Miroirs, barres de métal cuivré au plafond, des verres qui brillent et reflètent la lumière. Les tons vifs des produits de la FDJ bien en évidence sur les tables se mêlent au vert pétant de la pelouse du match qui passe à la télé. Aux murs et sous le bar, des parements en brique. Derrière le bar, une armée de bouteilles sont dressées comme à la parade, la sono susurre une musique résolument Eighties. La patronne aux cheveux gris très courts, un peu sévère mais prompte à rire, bras minces tatoués dans un gilet en jean sans manches s’affaire, longiligne, de l’extrémité opposée du comptoir jusqu’au kiosque des jeux devant.

Noisetiers mouillés

La discussion a pris un tour caustique, un quatrième s’est joint aux trois et l’un d’eux se complait à chambrer le nouveau venu. Dehors, ambiance farniente, deux tables sur le trottoir et une troisième, les clients regardent passer la vie dans cette rue où pas une voiture ne passe, buvant les rayons du soleil à petites gorgées, qui d’habitude ne doit pas venir jusque là. Quand j’ai quitté le quartier en soirée, la clientèle du Sébasto était plus nombreuse, plus jeune, dans la trentaine. Je suis revenu le lendemain, il pleuvait des hallebardes, les noisetiers étaient tout trempés.

Et si vous vous demandez pour les 2 000 briques du titre : c’est, je dirais, à vue de nez le nombre de celles qu’il a fallu pour décorer les murs de ce bar-tabac-loto-PMU.

Le Sébasto
📍 47 rue d’Inkerman, 59000 Lille

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